L’année 2020 a été historique pour les introductions en bourse aux Etats-Unis que ce soit en termes de volume ou de réussite. Ces IPO ont majoritairement été réalisées via des SPAC (Special Purpose Acquisition Company), autrement dit : société d’acquisition à usage spécial. Cette nouvelle alternative aux introductions en bourse classiques suscite de plus en plus d’intérêt chez les investisseurs.

Définition d’une SPAC

Les SPAC sont des véhicules d’investissement consacrés essentiellement à l’acquisition d’une société privée pour la rendre publique. Une SPAC fait donc office de société écran, créée pour rendre les entreprises publiques sans passer par l’introduction classique qui est plus longue et fastidieuse. Elles peuvent être qualifiées de « coquille vide » ou de « société à chèque en blanc » car elles entrent en bourse avant que leur future cible d’achat soit établie.

Les SPAC existent depuis les années 1980 aux Etats-Unis et ont connu un regain d’intérêt à partir des années 2000 mais c’est réellement l’année dernière que leur nombre a explosé. Elles ont fait leur apparition seulement à partir de 2007 en Europe et restent très peu exploitées.

Etapes:

  1. Initialement, une personne physique ou morale, appelée « le sponsor », décide de lancer une SPAC. Le sponsor a généralement une expérience dans le domaine et met sa réputation en avant. Il crée donc une holding qui n’aura aucune activité opérationnelle ainsi la démarche est plus rapide et plus facile.
  1. Ensuite, ils ont besoin de lever des fonds en trouvant des investisseurs qui achèteront des parts de la société, les parts sont en général d’une valeur de 10 dollars. Pour cela, le sponsor va faire une tournée de présentation pour séduire de potentiels acquéreurs. La différence avec une IPO classique c’est qu’ici ils se vendent d’abord eux-mêmes avant de vendre un quelconque produit.
  1. Les fonds levés sont ensuite placés dans un trust et deviennent intouchables jusqu’à ce que les actionnaires approuvent l’opération d’acquisition (voir étape 4 et 5). La société s’introduit ensuite en bourse sur l’indice de son choix et les sponsors vont conserver 20 % des parts de la SPAC à titre de rémunération.
  1. Une fois la SPAC rendue publique, les sponsors recherchent une société cible à acquérir. Pour cela, ils disposent de 2 ans pour trouver et soumettre une société aux actionnaires. Au-delà de ce délai, la SPAC sera dissoute et les fonds seront restitués aux actionnaires. Lorsque la société ciblée a été trouvée, les sponsors négocient les conditions d’acquisition avec cette dernière.
  1. Après avoir fixé les conditions d’achat, les actionnaires votent pour acheter ou non la société qui leur est proposée. Si l’un des actionnaires n’est pas convaincu de l’achat de cette société, il pourra toujours revendre ses parts et récupérer son capital investi une fois que l’acquisition est effective. La société cible doit elle aussi obtenir l’approbation des régulateurs.
  1. Les fonds levés par la SPAC couvrent généralement entre 25 et 35 % du prix d’achat. Le sponsor demande donc à des investisseurs extérieurs et institutionnels des liquidités supplémentaires en utilisant un PIPE (Private Investment in Public Equity). Cet « investissement privé en actions publiques » permet à l’émetteur de lever des capitaux pour l’entreprise cotée en bourse. 
  1. Enfin, la SPAC et la société cible fusionnent et le ticket de la SPAC change au profit de la société qui a été acquise. Ainsi, la société cible a fait son entrée en bourse en s’acquittant des nombreuses formalités administratives.

Avantages des SPAC

  • Pour les entreprises
    • Elles assurent une stabilité et permettent d’écarter le facteur d’incertitude.
    • Une IPO via une SPAC fait gagner du temps, elle peut se faire en 3-4 mois contre plus d’une année pour une IPO classique.
    • L’expérience et les connaissances des sponsors sont un argument de vente non négligeables et font d’eux des partenaires stratégiques.
  • Pour les investisseurs
    • De nombreuses SPAC affichent des tarifs accessibles au prix de 10 dollars par action.
    • Cette structure permet aux investisseurs de participer à une IPO avant que celle-ci ait lieu, chose qui n’est généralement pas possible en passant par les brokers en ligne.
    • Les SPAC investissent en général dans des secteurs porteurs qui ont tendance à devenir très vite rentables.
  • Pour les sponsors
    • Ce sont des opérations très lucratives pour les sponsors qui versent en général 25 000 dollars pour obtenir 20 % de la société cible. Ils peuvent alors facilement gagner des millions de dollars même si les cours de l’action chutent une fois cotée sur le marché.
    • Le processus d’introduction en bourse est plus facile car la SPAC est confrontée à moins d’obstacles règlementaires, la levée de fonds est par conséquent elle aussi simplifiée.

D’après Bloomberg, les SPAC ont levé plus de 137 milliards de dollars en 2020 soit 10 fois plus qu’en 2019. A ce jour, la plus grande SPAC a levé 4 milliards de dollars, elle a été créée par Bill Ackman le fondateur du hedge fund Pershing Square Capital. 

Une étude menée par les facultés de droit de Stanford et de New-York a conclu, qu’après la fusion, le prix des actions a tendance à chuter. Dans les 3 mois suivant l’IPO, l’étude a constaté que les SPAC affichent une perte moyenne de 14,5%. Un fait qui n’empêche pas les entreprises à solliciter de plus en plus cette alternative pour entrer en bourse.

Pour conclure, les IPO ont le vent en poupe et profitent de la bonne dynamique instaurée en 2020. Malgré un tarif parfois plus élevé, les SPAC continuent à dérober des parts de marché aux IPO classiques. Un prix que les sociétés sont prêtes à payer au profit de s’introduire plus rapidement et simplement. De cette manière, elles peuvent profiter des tendances actuelles et saisir rapidement les opportunités.

Au vu des nombreux avantages que les SPAC proposent, il est légitime de se poser la question: « Les SPAC sont-elles l’avenir pour s’introduire en bourse? »

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